“SOURIRE À TOUT ET À TOUS PAR AMOUR POUR JÉSUS”

« Ma devise depuis l’âge de 13 ans (je pense) : sourire à tout et à tous, par amour pour Jésus ». Cette phrase, extraite d’une page dans laquelle elle se présentait très simplement à une petite fraternité dominicaine de malades qui l’accueillait, Elise Bisschop l’a réalisée à la lettre jusqu’au jour tout récent où elle fut invitée à « entrer dans la joie de son Maître », le jeudi de Quasimodo, 9 avril 1964. Elle s’éteignait à l’hôpital d’Auxerre où son sourire avait suffi à l’identifier parmi tous les malades.
Elle se définissait par ce sourire qu’elle offrait à chacun comme à chaque jour de sa vie pourtant fertile en épreuves. Ainsi l’avons-nous connue et ainsi son image restera-t-elle dans nos cœurs.
Fille de Dieu par le baptême, elle reçut cette grâce de refléter aux yeux de chacun la joie de son Père et de rendre souriantes à tous sa foi, sa vie chrétienne, son Eglise. « Dans ma paroisse, nous confiait son curé, elle a su rendre aimable notre religion ! »…
Seule une grâce particulière peut expliquer un tel rayonnement. Née à Trucy-sur-Yonne, dans l’Yonne, le 31 mai 1925, « dans une ferme isolée, au milieu des bois »… cadre natal auquel elle attribue son amour pour la campagne, Elise Bisschop connut toute jeune la maladie : bronchite, qui entraîne une otite, des complications bronchiques et une mastoïdite dont elle fut opérée. Arrivée à Mailly-le-Chteau, elle fréquente l’école malgré son asthme et une dilatation des bronches. Mais cela l’oblige à passer en classe les récréations d’hiver. Jamais elle ne pourra courir… confie-telle. À 12 ans, en 1937, elle passa son certificat d’études primaires et se classa première du canton. À 14 ans, nouvelle opération d’une mastoïdite. Mais la guerre arrive avec ses restrictions, ses angoisses, ses humiliations. Elise trouve sa joie à s’occuper de la J.A.C.F., du catéchisme de tout-petits, de théâtre, de chants… (un jour, son mal lui demandera le sacrifice de ne plus chanter), du décor floral de son église (Elise gardera jusqu’à son dernier lit d’hôpital… la passion des fleurs !). Les années passent. En 1951, Elise perd son père très aimé, invalide depuis la guerre de 1914, usé par les maladies et les soucis de la vie. De son père, artiste peintre, elle héritait l’amour de la nature, des paysages, des saisons, le sens de l’harmonie des couleurs et cette âme contemplative – nous dirions volontiers franciscaine – qui s’extasie devant les plus humbles choses de la création.
Mais dès l’âge de 13 ans, Elise s’était découvert une âme lyrique pour chanter les créatures : la neige, le vent, les oiseaux, les fleurs. Sorties des mains de Dieu, les créatures l’élevèrent jusqu’à Lui. Dans l’intimité de son Père du ciel, Elise contemplera, avec son âme intuitive les « paysages intérieurs » que sont les « choses d’en haut » ces mystères de Dieu, cachés aux savants mais accessibles aux humbles et aux enfants. Dans sa maturité, Elise avait toujours gardé une âme d’enfant.

En janvier 1961, par une religieuse dominicaine missionnaire des campagnes, Elise fit connaissance de l’Ordre de saint Dominique et se lia à une fraternité dominicaine de malades. Son amour passionné de la lumière, son zèle pour la vérité, sa vie intérieure profonde et son sens apostolique si affiné ne pouvaient que s’épanouir dans la famille dominicaine, qui l’aiderait à élargir et à structurer davantage la connaissance de sa foi.
Les poésies et chansons qu’Elise avait composées depuis l’âge de 13 ans, et dont elle-même avait fait récemment un classement logique (les titres des trois premières parties de ce recueil sont d’elle) contiennent un message de paix, de simplicité et de joie. Pourquoi le cacher plus longtemps à ceux et à celles qui l’ont connue et aimée ? Elise n’a pas cherché à faire œuvre littéraire, mais simplement à chanter, dans son propre chant, la « Bonne Nouvelle » qu’elle désirait communiquer à tous, et spécialement à ceux qui peinent et qui souffrent, cet Evangile de la joie dont elle a vécu, durant toute sa vie de malade.
« La joie est entrée dans mon âme
Avec le beau secret d’aimer
Et quand s’endort en moi sa flamme
Je souris pour la ranimer ».

À l’école de son Seigneur, elle a appris à aimer et à répandre la joie. Sans aucun doute, est-ce là le secret de son rayonnement.
frère J. Bochin Ordre des Précheurs
Dijon, le 2 juillet 1964
Visitation, fête de Notre-Dame… du sourire et de la joie.

“ELLE A SU RENDRE AIMABLE NOTRE RELIGION”