24/12/2024
Un texte fondamental pour comprendre l’incroyable joie d’Élise. Prenez votre temps pour lire ces dix versets d’une beauté et une fraîcheur extraordinaires. Élise a 22 ans au moment de composer cette poésie :
La joie est entrée en ma chambre
Ce soir, avec un beau rayon
Aux tons chauds, dorés, couleur d’ambre
Qui semblait bénir la maison…
Elle est entrée en ma chambrette
(La joie ailée entre partout)
Elle s’est glissée en cachette
Dans le lit, sur les murs, partout…
Elle est entrée en la chambrette
Où la fièvre m’anéantit…
Et voici qu’en mon cœur, très nette,
Sa chanson fraîche retentit…
La joie est entrée en mon âme
Avec le beau secret d’aimer,
Et quand s’endort en moi sa flamme
Je souris pour la ranimer.
La joie est entrée en mon âme
Je ne sais plus quand, c’est si loin !…
J’avais, pour cette belle Dame
Préparé la place avec soin…
La joie est entrée en mon âme
Sans doute, elle s’y trouve bien.
Rien ne peut la chasser, ma Dame
On la croit morte, elle revient.
La joie est entrée en ma vie :
J’étais petite, en ce temps-là !
L’avais-je cherchée ou suivie ?
Elle m’a prise, et puis voilà !
La joie est entrée en ma vie
Elle est avec moi – tous les jours.
Sinon, je l’aurais poursuivie
Afin qu’elle y reste toujours !
La joie est entrée en ma vie
Pas besoin de l’y attacher :
De me quitter n’a nulle envie,
C’est elle qui vint me chercher !
La joie est entrée en ma vie :
Jésus l’y a mise, un beau jour…
Je comprends qu’elle m’ait ravie
Puisqu’elle vient de son Amour !
La poésie ci-dessus fut écrite à l’âge adulte. Élise y dévoile toutefois une grâce précise qui lui fut donnée en son enfance : la joie.
Un pilier de la spiritualité d’Élise c’est justement la joie : sans elle on ne peut pas comprendre ni la force ni la contemplation d’Élise. La joie est son charisme spécial.
Tous les Amis de Dieu connaissent la joie ; pour Élise, toutefois, la joie fut vue et reçue d’une manière explicite. Pour Élise, la joie était l’effet direct de l’amour que Jésus avait pour elle. Se savoir aimée, est-il chose plus belle ? Pour Élise rien ne peut équivaloir la certitude d’être aimée.
La joie est ainsi omniprésente dans les poésies et chansons d’Élise. Deux poésies et un chanson lui sont spécifiquement dédiées et elle est nommée dans une vingtaine d’autres.
Son premier biographe, le Père dominicain Jourdain Bochin, s’était aperçu de la joie d’Élise. Dans la préface à la première édition des poésies, il cite un verset de la « Chanson joyeuse ».
Pendant sa vie Élise parlait d’une véritable science de la joie.
Tout d’abord, Élise percevait dans la nature un appel permanent à la joie. Comme exemple, Élise donne l'image de l'alouette qui chante et monte dans les airs sans faiblir. Elle fait de cet oiseau des campagnes une métaphore de son envol à Dieu, un modèle à suivre.
D’un chaume piqueté de fraîches violettes
L’alouette monte en chantant.
Et mon âme se sent la sœur des alouettes
Et monte à Dieu en même temps.
Ensuite, dans sa vie intérieure, la joie fut une arme pour mener à bien le combat spirituel, pour s’élever vers Dieu en dépit de toutes les adversités.
Écoutez donc, levez la tête
Paysan distrait ou lassé.
Lorsque s’élève une alouette
Peut-on marcher le front baissé ?
Notre tâche, il est vrai, réclame
Ce front incliné vers le sol
Du moins, lançons bien haut notre âme
Tel un oiseau qui prend son vol.
Enfin, cette joie intérieure explique le sourire permanent d’Élise, tellement que tout le monde le remarquait.
Élise voulait transmettre la foi par le sourire. Son sourire imprégna tellement la mémoire des enfants du catéchisme que certains, encore aujourd’hui, se souviennent de son visage radieux. Dans une lettre elle dit :
Je suis heureuse ; on est heureux quand on cherche à mettre l’amour du Bon Dieu et sa joie autour de soi. Je vous envoie mon plus beau sourire.
À son père spirituel, fraîchement nommé à la cure de Saint Florentin, et qui avait quelques difficultés à instaurer de bons rapports avec ses nouveaux paroissiens, Élise lui recommanda le sourire comme le moyen le plus efficace pour créer l’amitié tant recherchée.
Et je ne vois pas bien ce qui pourrait éloigner de vous les « florentinois ». À condition toute fois que vous trouviez le courage de leur sourire. Vous n’en aurez sans doute guère envie… Mais… moi non plus, et je le fais tout de même. Je crois que c’est une question d’entraînement : je crois beaucoup à l’apostolat du sourire, et vous ?
Et à une chère amie, infirmière de profession, Élise parle du sourire comme un rayonnement puissant sur le lieu de travail :
Que Dieu t’accorde de posséder la joie de Noël et de la communiquer à ceux, malades ou collègues, que tu rencontreras ce jour-là. La Joie et la Paix intérieures, cela se sent dans le regard et le sourire d’une personne, et cela passe des uns aux autres comme des ondes de radio, même sans qu’on dise rien de spécial.
Au fil des années, Élise ne cessa jamais d'utiliser son sourire et sa joie jusqu'à expliciter la « science de la joie » avec le défi constant de la transmettre aux autres :
Mais nous n’avons, pour te montrer aux autres
Que nos yeux clairs, dont tu fais ton miroir…
Aux cœurs fermés, comment ouvrir le nôtre
Brûlants de toi, qu’ils puissent t’entrevoir ?
Pour enseigner la science de joie
Il nous suffit de passer en aimant :
Humbles rayons que le Bon Dieu envoie,
Là où Il veut, brillons, tout simplement !…
Élise fut un de ces rayons de lumière envoyé par Dieu ; elle brilla dans son village, dans sa paroisse et dans le cœur des enfants. Elle fut, par son accueil de l’Amour divin, un vrai « docteur » dans la science de la joie.
C’est cet état d’âme d’Élise qui explique tout son amour pour les enfants et de son rapport, lui aussi très singulier, avec la nature.